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14 octobre 2011

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Biographies - Etienne BIRTZ
Il y a 250 ans, un habitant d’Ay sur Moselle foulait le sol canadien…

Etienne Birtz est né le 15 avril 1730 à Ay sur Moselle. Il est le fils d’Adrien Birtz, maréchal ferrant, et de Marguerite Neveu. Les origines de son patronyme sont à rechercher en Belgique et notamment dans le pays de Liège, lieu de naissance de son grand père.

L’enfance d’Etienne se déroule dans un climat politique orageux. A cette époque, la France est en guerre avec la plupart de ses voisins et a constamment besoin de nouvelles recrues dans ses armées. Sur la place publique, on bat le tambour, on affiche des placards, on convoque tous les hommes valides dont l’âge varie de 20 à 30 ans. La future recrue tire un jeton : un blanc et il est exempté, un noir et il est mobilisé sur le champ pour six ans. Dès lors, on exige la signature du ″volontaire″.

C’est dans ce contexte que le 14 janvier 1752, à l’âge de 22 ans, le sieur Birtz est enrôlé
au sein du régiment de Béarn. Le registre d’inscription porte quelques informations supplémentaires : son surnom ou nom de guerre est Démarteau, sa taille est de 1m64 et son métier est maréchal-ferrant. Son profil s’avère un précieux atout pour l’officier chargé de sélectionner son effectif militaire, surtout lors de la levée d’une nouvelle compagnie. En effet Etienne possède déjà la maîtrise de la taillanderie et de la maréchalerie, métiers artisanaux, traditionnellement basés sur la science compagnonnique européenne.

A la fin de l'année 1754, l'Angleterre décide d'envoyer des troupes en Amérique pour y soutenir ses colons. Informé, Louis XV décrète l'envoi en Nouvelle-France de 3.600 hommes ainsi qu'une grande quantité de matériels et d'armements en vue de défendre ses possessions. Six bataillons sont tirés au sort et celui d’Etienne Birtz en fait parti. Ces bataillons se dirigent alors vers la Bretagne et le sieur Birtz stationne à Morlaix du 2 au 4 avril 1755.

Le 8 avril 1755, son régiment se rend à Brest où est amarrée une escadre composée de 13 vaisseaux et 3 frégates. A cette occasion les troupes sont équipées de nouveaux habits (mais délivrés après leur débarquement) et des fusils du modèle 1746, visiblement mal entretenus et mal conservés. L
’animation est de plus en plus intense dans la ville où tout laisse présager un convoi en partance…On aperçoit dans les rues et les tavernes du port un nombre croissant de soldats. Mais cette effervescence est de courte durée car les régiments sont prêts et embarquent dans la foulée.

Le sieur Birtz se trouve sur Le Léopard, vaisseau de 64 canons, réduit à 22 pièces pour charger du fret. Pendant 25 jours, la flotte reste en rade contrariée par les vents. Le général donne enfin l'ordre d'appareiller dans la matinée du 3 mai et les navires commencent à faire route sous une escorte chargée de les protéger jusqu’à la haute mer. Après une traversée de 51 jours à travers l’Océan Atlantique, le Léopard mouille dans la rade de Québec le 23 juin au matin. Le lendemain, le commissaire provincial des guerres fait débarquer les compagnies qui sont logées chez l’habitant.
Quelques jours plus tard, le commandant de Béarn ordonne le départ de son bataillon qui se met alors en route pour Montréal en remontant le fleuve St Laurent.

En mai 1756, la guerre de Sept-Ans (1756-1763), première à l’échelle mondiale, est officiellement déclarée. Etienne participe, de façon très active, à toutes les campagnes que mène son régiment durant ce conflit.
Dans un premier temps, il prend part à l’attaque de Fort Oswégo, une base britannique d’environ 1000 hommes. La bataille, rassemblant 3.000 soldats français, se solde par la prise du fort par les Franco-Canadiens.

Après avoir passé l’hiver dans ses quartiers, le détachement de Béarn participe à l’assaut de Fort
George dès février 1757. La mission échoue et les troupes reviennent à Montréal. C’est à l’occasion de ce retour, et plus précisément le 18 avril 1757, que le sieur Birtz se marie avec Marguerite Robert à St Famille Boucherville (Québec). Accolé à son acte de mariage, on lui accorde un bail verbal sur un lopin de terre situé près de l’église où il crée sa boutique de maréchal ferrant et y exerce partiellement son métier jusqu’au temps de sa démobilisation (1760). En effet les Instructions du Roi de 1755 donnent la permission aux soldats de s’établir en Nouvelle-France, soit pour y défricher des terres ou pour y exercer des métiers utiles dont on manquerait. Ce faisant, on leur accorde la permission de se marier dans la colonie, pourvu que ces mêmes soldats y terminent leur service militaire jusqu’au temps du retour de leur corps de troupe en France.



Acte de mariage d'Etienne BIRTZ avec Marguerite ROBERT (1757, St Famille Boucherville)


Quatre mois après ses noces, les combats reprennent pour le sieur Birtz. Les français réattaquent et capturent le Fort
George. L’année suivante, Etienne combat à Fort Carillon où 15.000 anglais essayent, sans succès, d’emporter d’assaut les fortifications improvisées avec des arbres abattus et défendues seulement par les 3.500 hommes de Montcalm. Au début 1759, son bataillon est affecté à la force principale de défense de Québec où les Anglais forcent Montcalm à livrer bataille aux portes de la ville. Le régiment de Béarn était au centre de la ligne de bataille. Cet affrontement se solde par l'écrasante défaite française et la mort de ses 2 généraux : Wolfe et Montcalm. Quelques jours plus tard la ville de Québec capitule après 2 mois de combat. Les troupes retournent à Montréal pour l’hiver.

Mais, durant la guerre, la vie d’Etienne continue. Ce dernier fait l’acquisition d’un emplacement dans le bourg de Boucherville, le 8 avril 1760, pour la somme de 3.600 livres dont 2.400 furent remises auxdits vendeurs ″en plusieurs bonnes ordonnances du Trésor, argent du pays.″ Cette bonne somme d’argent devait sûrement être le fruit d’un bon troc de fourrures fait, soit au fort Frontenac en 1755, ou encore à Carillon en 1758. En effet ces soldats ″artisans du fer″, venus de France, sont attirés par le commerce des fourrures. Outre la réparation des armes et des outils dans les forts de défense et de traite, ils s’adonnent au négoce avec les Amérindiens. Avec eux, ils troquent ces mêmes fourrures contre de la poudre de fusil, des objets de fer, pièces de vêtements ou simplement de la nourriture.
Au cours du même mois d’avril, Etienne Birtz reprend les armes à la campagne de Ste Foy (à proximité de Québec) où les français font le siège de la ville. Mais l’arrivée de frégates anglaises oblige l'armée à battre en retraite vers Montréal où, le 8 septembre, le gouverneur du Canada capitule face au siège britannique imminent. En novembre, la majorité des troupes françaises, non mariée aux femmes canadiennes, retourne vers la France et le traité de Paris, signé le 10 février 1763, rend définitivement le Canada à l’Angleterre.

Etienne Birtz ne repart pas vers le Royaume de France.
Par sa détermination, Etienne satisfait pleinement aux conditions prescrites par le Roi et, avec le consentement de ses supérieurs, il peut donc s’établir en permanence au Canada. Le sieur Birtz s’installe ainsi définitivement avec sa femme à Boucherville où il a installé sa boutique de maréchal ferrant 3 ans auparavant et qui se caractérise par l’enseigne de deux marteaux croisés. Dès lors, son activité de forgeron et sa vie de famille constituent son quotidien.

En 1768, le sieur Birtz fait l’acquisition d’une seconde demeure.
En contrepartie d’une rente viagère, Pierre Robert, son beau-père, lui abandonne une métairie située ″au pays Brûlé″ sur laquelle il y’a une Bonne Maison Biens Laujable […], une grange en Bonne ordre […], une bonne Escury […], une Estable.″ Des démêlés judiciaires s’ensuivirent à ce sujet. La métairie demeure en possession d’Etienne jusqu’en 1781, date à laquelle elle devient la propriété de Louis Cicot.

En 1777, Etienne procède à la vente de son emplacement situé au bourg de Boucherville ″avec boutique attenante″ pour la somme de 1.200 livres. A cette époque, la guerre de l’Indépendance Américaine (1775-1783) engendre une sévère crise économique, non seulement sur le marché canadien des fourrures, mais aussi sur la dévalorisation de la Livre Sterling. C’est pourquoi Etienne cumula une perte de 2.400 livres face à l’achat qu’il en avait fait le 8 avril 1760.

Le 4 août 1786, à Boucherville, Etienne Birtz s’éteint à l’âge de 56 ans. Trois mois plus tard, un inventaire après décès est effectué par le notaire Racicot.
Cet inventaire prouve qu’il s’occupait activement de négoces liés à la traite des fourrures. Le montant de ses créances s’élève à 1.388 livres et ne concerne que des dettes contractées avec des marchands-équipeurs, des engagistes, des négociants, incluant le capitaine de milice de l’époque. L’estimation de ses biens ne s’élevant qu’à 300 livres, les héritiers légaux n’ont eu d’autres choix que de renoncer à la succession.

En laissant derrière lui 9 enfants, l’histoire d’Etienne Birtz survécut aux affres du temps. Notre soldat émérite assura la succession du patronyme Birtz en Amérique du Nord à travers les siècles scellant à jamais son histoire et les liens qui unissent cette famille à notre village.
Parmi ses nombreux descendants, un homme mérite d’être cité pour ses exploits sportifs accomplis lors de compétitions internationales. Il s’agit d’Etienne Desmarteau (1873-1905), policier à Montréal qui s’est illustré comme étant le 1er canadien médaillé d’or lors des Jeux Olympiques de Saint Louis en 1904 au lancer de poids. Par ses performances, ce champion olympique permit de faire connaître mondialement un patronyme derrière lequel se cache l’histoire inhabituelle d’un soldat français durant la Guerre de Sept Ans.

Sources :
Archives Départementales de la Moselle (Metz)
Archives Nationales du Québec (Montréal)
Collection Lévis, 12 volumes.
Comte Maurès de Malartic. Journal des Campagnes au Canada de 1755 à 1760.
Kunster, Maillard et Montgredien. Les régiments sous Louis XIV et Louis XV.
Service Historique des Armées de Terre (Vincennes)

Recherche et rédaction :
Gilles BIRTZ (Québec) et Florent PIERRON

Date de création : 11/10/2009 @ 22:35
Dernière modification : 12/10/2009 @ 21:13
Catégorie : Biographies
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