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14 octobre 2011

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Thématiques - Le passeur
Monsieur AUBERT Edmond, né le 19 mars 1870, a exercé le métier de passeur sur la Moselle de 1895 à 1931. A cette dernière date le pont sur la Moselle, dont la construction avait commencé en 1929, entra en service. Le passage de la Moselle était organisé par le Service de la Navigation. Celui-ci adjugeait la fonction qui était alors assurée en vertu d’un contrat.

Entre Metz et Thionville on pouvait traverser la rivière à Hauconcourt, à Ay, et enfin à Uckange. Le passage d’Argancy n’a été assuré que pour un temps et pour les piétons seulement. Les Services de la Navigation avaient établi, sur chaque rive, un pylône ancré par trois haubans. Entre ces pylônes était tendu un câble d’un diamètre d’environ 6 cm. Pour pouvoir tendre ce câble, à chaque extrémité, le hauban central était muni d’un gros écrou que l’on serrait suivant la nécessité. Le passeur disposait d’un ponton et d’une barque. Le ponton à fond plat, les bords relevés d’environ 80cm, était en fer. Sur son fond, quatre grosses traverses supportaient un plancher de gros madriers. Son avant et son arrière relevés lui assuraient l’appontage sur une chaussée pavée. Un abattant permettait la sortie comme l’entrée des véhicules sur le ponton. Cet engin était assuré au câble par une chaîne munie d’une poulie. Le passeur le conduisait à l’aide d’un « ferré », une longue perche de bois ferrée d’une pointe. Le ponton, qui pesait plusieurs tonnes, mesurait environ 15 m de long et 6 m de large. Il pouvait assurer la traversée à plusieurs véhicules à la fois. La barque, bien plus légère, était en bois et pouvait contenir 12 personnes.


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Voici donc le matériel dont disposait le passeur. Son fils aîné nous assure aujourd’hui que c’était un métier de galérien; il a lui-même aidé son père et, malgré ses 84 ans, se souvient avec émotion de leur dur travail. C’est qu’il fallait assurer le passage de jour comme de nuit. Sur la rive gauche une cloche servait à appeler le passeur. « Cette cloche était plus grosse que celle de la chapelle de Saint-Hubert » nous dit son fils. Le métier n’était pas sans danger puisqu’une nuit le passeur d’Hauconcourt a été tué par des bandits qui l’avaient appelé sur la rive. Toute la journée il fallait peser de tout son poids sur le « ferré » bien calé dans le creux de l’épaule qu’il déformait.

A 4 h 30 arrivaient les ouvriers se rendant aux usines à pied. Puis c’était un deuxième passage pour ceux qui s’y rendaient à bicyclette, puis enfin un troisième pour les retardataires. Il en était de même au retour et pour deux « tournées » de travail au début, pour trois « tournées » par la suite. Ainsi nous avons déjà 12, puis 18 traversées journalières. De plus le bac était utilisé par les habitants de Flévy, Montrequienne, Trémery, Ay et des villages plus éloignés encore. Fallait-il aller à la gare, chez le phar­macien, appeler un docteur, faire ses courses, toujours il fallait emprunter le bac. Certains jours le passeur devait assurer quarante traversées dont certaines de nuit. Chacun payait pour sa personne et pour les biens trans­portés. Il y avait les arrivées et les départs des trains, les trois laitiers; tout un rythme de vie qui rythmait la vie du passeur. C’était parfois le passage des lourds chariots attelés transportant les tonneaux de bière de la bras­serie Schleiter à Ay et même les encombrantes batteuses allant de village en village. De plus les habitants d’Ay avaient des lots de biens partagés, les portions, de « l’autre côté de l’eau ». Ils traversaient la Moselle pour un prix forfaitaire à l’année proportionnel à la surface du lot cultivé.

Mme Aubert tenait le café du « Moulin » qui jouait ainsi le rôle de « salle d’attente » au passage de la Moselle. En ces temps là le crédit était largement utilisé. Le passage des ouvriers, à l’aller, étant rapide, les hom­mes prenaient avant d’embarquer un petit verre, un paquet de tabac ou de cigarettes. On réglait en fin de quinzaine. Bien sûr cela nécessitait la mise à jour de nombreux comptes et une constante information entre les membres de la famille du passeur.

Le fils du passeur nous parle longuement de leur fidèle chien, mort à l’âge de 18 ans. A cette brave bête il ne manquait « que la parole » tant il remplissait son rôle de gardien avec un étonnant discernement.

En 1931 le père Edmond, figure familière et estimée, arrêta son dur labeur de 36 années.


Source :
Charles DOSSE, Le Haut Chemin sur la rive droite. 1987.


Date de création : 11/10/2009 @ 22:28
Dernière modification : 12/10/2009 @ 21:24
Catégorie : Thématiques
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